Je suis énervé contre la vie. Un jour passé, je l'ai été et un jour futur, je le serais encore certainement. Je suis de ceux qui sont accablés par ces histoires que notre dos et nos pensées doivent supporter. Parce que la vie est devenu un poids et que ce poids t'empêche d'aller là où tes envies veulent que tu sois. Parce que oui la vie, qu'elle soit prise par la tristesse ou la joie, c'est une série d'histoires que tu façonnes tout d'abord puis que tu dois découvrir et que par la suite tu traineras par dépit ou par fierté.
Un jour j'ai rencontré un vieil homme, semblable aux sages qu'on peut apercevoir à la télé, un air légèrement arabisé et un regard qui raconte mille histoires. Sans raisons, je lui ai crié que ce monde nous tue et que la réciproque était également vraie, que les hommes se foutent de ce qui les entourent et que ce mot, rempli de sens, de vécu, de fierté, qu'est le mot "Humanité", ne frôlait même plus nos traits de caractère. Sans réellement comprendre, il me dira plus tard qu'il est arrivé tout juste de son pays. Je lui dis alors: "Vous devriez faire attention, dans ce pays, des personnes se font tuer même pour un seul mot." Et je m'en allai. Le même jour, je rencontrai un jeune. Il n'était pas de ce genre fêtard mais plutôt solitaire. Il semblait avoir la tête bien remplie et sa façon de penser, qu'on pourrait qualifier de surprenante, se voyait dans ce sourire qu'il affichait sans raisons. Il semblait avoir une vie hachée par les blessures mais ne se plaignait pas pour autant et la raison de sa solitude fut certainement cette maturité et cette sagesse précoces qu'on découvrait en lui. Agacé par la vie, plongée dans les larmes, on veut que le gens nous suive pour se sentir moins seul et sans raisons, je lui ai crié que la vie nous tue et que celle-ci n'était plus un cadeau mais une tare. Je lui ai dis que des gosses meurent à quelques milliers de kilomètres de nous, que des personnes vivent sous des cartons en hiver, que les maladies frappent encore et encore sans retenues et que les raisons de notre pseudo-bonheur, si elles existent se comptent sur les doigts d'une main. Sans réellement comprendre, il me dira plus tard de sourire et de profiter de la vie. Je lui dis alors: "Comment vivre dans ce monde où le bonheur n'existe plus et où la tristesse triomphe? " Et je m'en allai. Le lendemain, la découverte de cette histoire que je vis, celle que j'ai façonnée hier, commença quand je retrouvai ce vieil homme, au même endroit. Sans raisons, il m'arrêta et me dit:" Réagir comme tu le fait est humain et ne te différencies pas plus de ces personnes que tu détestes. Tu dis combattre le malheur et pourtant tu le prônes aux inconnus. Tu dis vouloir le bonheur mais crois-tu vraiment que l'accabler jour après jour le donnera envie de venir vers toi. Tu m'as dis que dans ce pays, on tue des personnes même pour un seul mot. Moi, dans mon pays on tue des personnes même quand elles se taisent." Et il me laissa partir.Continuant la découverte de cette histoire, des pensées plein la tête, ce jeune que j'ai trouvé hier s'approcha de moi et me dit:
"Certes la vie est horrible et les actions atroces dont l'homme est auteur est inexcusable. Mais faire une liste des malheurs du monde ne les arrêtera pas pour autant. Tu sais, s'il n'y avait pas de moins, il n'y aurait aucune raison d'avoir un plus. De la même manière, s'il n'y avait pas de malheurs, il n'y aurait jamais eu de bonheur. Tu ne peux pas te plaindre de n'avoir que des malheurs si tu sais ce que tu peux avoir en retour. Le bonheur existe, c'est juste que nous n'en profitons pas assez." Et il s'en alla. Dans la vie, chaque période, que ça soit dans la joie ou la tristesse, est une histoire dont tu façonnes le début et que tu découvres par la suite. Qu'importe ce que tu vis, cela a un sens pour ton avenir et pour toi-même. Bien sur que la vie est dure, qu'elle nous pousse à bout mais faudrait peut-être se dire qu'il y a pire ailleurs, qu'il y a pire que ces choses qui nous tourmentent et qu'on considère comme de véritables problèmes. Il faut se dire que dans la vie, il n'y aurait pas eu de feu, s'il n'y avait pas eu de brise. Il faut se dire que dans la vie, on ne serait pas heureux, si on ne pouvait pas être triste. Alors vivez, même si la vie est un poids et que vos souvenirs vous les trainerez toujours, tentez de faire de ce poids un atout et portez votre passé, vos souvenirs, votre vécu, votre vie, portez ce poids qui vous perturbe avec fierté.